Résumé

Lionel Duroy nous offre un livre impudique, sans doute le plus intime qu'il ait jamais écrit, puisqu'il y dévoile, sans la déguiser, son âme.0300«À l´origine de l´écriture, il y a tout ce de quoi nous sommes faits, nos années d´enfance, ceux qui nous ont aimés et ceux qui nous ont haïs. Cet héritage marque profondément le regard que nous portons sur la vie ? il a profondément influencé tous mes livres, aussi bien les romans que les documents. Et brusquement, j´ai cessé d´écrire, je me suis interrompu, et même immobilisé, comme pour essayer de comprendre ce qui me pousse depuis tant d´années à écrire. À écrire toujours le même livre, comme si je n´en finissais pas de régler mes comptes. "Écrire" est le résultat de cette réflexion.» Lionel DuroyUn écrivain écrit à son éditeur pour annuler un déjeuner. Il n´a rien à lui montrer, il n´écrit plus. Pourquoi cette soudaine stérilité le plonge-t-elle dans un tel désarroi? En remontant à son premier roman, publié vingt ans plus tôt, et au désastre qui l´a suivi - le départ de sa femme, la rupture avec ses neuf frères et soeurs; puis aux livres qui ont suivi, nourris des drames engendrés par ce premier roman, et déclencheurs à leur tour de nouvelles catastrophes, il découvre comment il a laissé, sans s´en apercevoir, la littérature prendre peu à peu le pas sur sa vie, en dictant le cours et les accidents...0400Curtis,ce déjeuner, lundi prochain, c´est inutile. Je n´écris toujours pas, et la question qui me préoccupe est de savoir pourquoi cette soudaine stérilité me plonge dans un tel désarroi. Comme si je cessais progressivement d´exister, comme si je m´éteignais petit à petit. La dernière fois que nous en avons parlé, vous m´avez dit eh bien vivez, soyez heureux, personne n´est tenu d´écrire. C´est bien dans vos manières ce genre de réflexion. Si, Curtis, moi je suis tenu d´écrire. Vous me verriez en ce moment, vous en conviendriez. Je marche jusqu´à trois ou quatre heures par jour sans arriver à rien. J´essaie de m´épuiser physiquement pour supporter. Parfois, je crois avoir trouvé, et je rentre chez moi en courant. Oui, parce que je n´écris plus à la main, figurez-vous, il me faut désormais un ordinateur. Je m´y suis mis par mégarde, pour répondre à une lettre de mon fils et, depuis, ce truc m´est devenu indispensable. C´était une longue réponse, j´ai même cru à un moment que tout le livre allait venir. Mais non. Je ne sais pas où il est ce livre. Quelque part derrière ce que j´expliquais à mon fils, sans doute, ou dissimulé dans certains propos que je tiens à Hélène. Et donc, je cours jusque chez moi, tellement excité de tenir un début. Tellement excité, vous ne pouvez pas imaginer. Et puis mon enthousiasme fond au fil des phrases et, bientôt, ou le lendemain matin en me relisant, je vois combien ce que j´ai fait est petit, médiocre, comparé à ce que j´ai en tête.Hélène, mon fils, vous, Curtis, êtes évidemment les personnages de ce livre. Mais également mes trois filles et mes neuf frères et soeurs dont je suis pratiquement sans nouvelles. Également mes parents, dont la mort n´a rien réglé. Également ma première femme, Agnès, et l´invraisemblable gourou qui a su la séduire. Comment Agnès, que j´ai connue si perspicace, a-t-elle pu se laisser avoir par les bobards de ce crétin? Je vous le demande au passage, Curtis, puisque Agnès n´est pas une étrangère pour vous. Quand nous nous sommes rencontrés, vous et moi, je vivais encore avec elle. Quand vous avez publié mon premier roman, elle m´a accompagné à la télévision. Vous vous en souvenez? Elle était même assise à côté de vous, dans le public. Après l´émission, nous sommes allés dîner tous les trois et, le lendemain, vous m´avez laissé entendre qu´elle avait passé la soirée à m´envoyer des vannes. J´étais étonné, je n´avais pas remarqué.Vous voyez, je pense à Agnès, et aussitôt tout me revient. Les sentiments sont intacts, rien ne meurt en nous. Pourtant, cette nuit, c´est auprès d´Hélène que j´ai dormi et, hier soir, en la regardant téléphoner en fumant sa cigarette, je me suis retenu d´aller subrepticement lui caresser le vis

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  • EAN 9782260018490
  • Disponibilité Disponible
  • Nombre de pages 76 Pages
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  • Action imprimer Dans le cadre de la copie privée
  • Poids 1 329 Ko
  • Distributeur Editis

Série : Non précisée

Lionel Duroy

Lionel Duroy est l'auteur d'une douzaine de livres dont Écrire, Le Cahier de Turin, Des hommes éblouissants, Trois couples en quête d'orages et Priez pour nous, ces deux derniers ayant été adaptés pour le grand écran. En 2010, le succès de son roman Le Chagrin lui apporte une reconnaissance à la mesure de son talent. Depuis il a publié Colères et L'Hiver des hommes, deux nouveaux succès de librairie.

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